Nous avons tous entendu parlé de la tristement affaire des sorcières de Salem (États-Unis) durant laquelle plusieurs personnes furent accusées de sorcellerie et condamnées à mort. Le musée de la ville a d’ailleurs plusieurs objets datant de l’époque du procès et si on en croit une légende locale, ce musée serait hanté par les âmes des fameuses sorcières. Savez-vous qu’il y a eu un procès similaire en Angleterre plus connu sous le nom de procès des sorcières de Pendle Hill, et que de nos jours il se murmure que leurs esprits maléfiques hanteraient la colline où eu lieu leur exécution ? Si vous ne connaissez pas cette histoire, je vous invite à la découvrir.


Lieu présumé de l’exécution des sorcières de Pendle Hill, où encore aujourd’hui leurs âmes continueraient d’hanter les lieux.

 

C’est en 1612, dans la région de Pendle Hill, plus précisément dans le Comté du Lancashire en Angleterre que s’est déroulé l’un des procès de sorcières les plus célèbres de l’histoire anglaise. A cette époque, le comté fut considéré comme une zone sauvage et sans lois notamment à cause du nombre important de vols et de viols. Pour bien comprendre ce procès, il faut remonter à ses origines en retraçant le contexte religieux et politique du 16ème siècle.

Tout à commencé lorsque l’abbaye voisine cistercienne de Whalley fut dissoute par le roi Henri VIII en 1537. Une mesure considérée comme impopulaire pour les habitants de la région car l’abbaye exercée une place importante dans leur vie. Malgré les oppositions, le roi resta sur ses positions et l’abbaye fut fermée avec la mise en place d’une reconversion protestante forcée et l’exécution publique de l’abbé afin de montrer l’exemple à tous ceux osant s’opposer à la volonté de Henri VIII. Cependant, les habitants ont gardé leurs croyances catholiques romaines jusqu’en 1553, date où Marie 1ère accéda au trône d’Angleterre à ce moment là les habitants de Pendle se reconvertir au catholicisme. Les tensions religieuses furent alors apaisées mais malheureusement cela sera de courte durée. En effet; l’arrivée au pouvoir de la reine Elizabeth obligea les prêtres catholiques à se cacher, exception faite dans la région de Pendle où ils continuèrent néanmoins à exercer leurs confessions en secret.

Marie 1ère ou Marie Tudor, reine d’Angleterre (1516-1558).
Henri VIII, roi d’Angleterre (1509-1547).
Elizabeth 1ère, reine d’Angleterre (1558-1604).

 

A la mort d’Elizabeth vers 1604, Jacques 1er accéda au trône et comme il était très intéressé par la théologie protestante notamment sur le sujet de la sorcellerie, il fut fortement influencé par la séparation écossaise de l’Église Catholique pendant la période de la Réforme (1517-1559). Après une visite au royaume du Danemark, Jacques 1er assista au procès des sorcières de North Berwick en 1590. Elles furent accusées d’avoir jeter un sort provoquant une tempête sur le navire du roi et de sa femme Anne rentrant à ce moment là en Écosse. C’est suite à ce procès qu’il eu l’idée en 1597 d’écrire son livre Daemonologie afin d’encourager toute personne à dénoncer et arrêter les adeptes et/ou pratiquants de la sorcellerie. C’est un an plus tard, après avoir accéder au royaume d’Angleterre en 1603 que Jacques 1er décréta une loi punissant toute personne ayant utilisée de la magie pour porter un préjudice ou pour exhumer des corps au moyen de la sorcellerie à la peine de mort.

Jacques 1er d’Angleterre (1603-1625).

En 1612, il fut ordonné que chaque juge de paix de la région du Lancashire dresse une liste exhaustive de toutes les personnes s’opposant à l’Église d’Angleterre. Au mois de mars, le juge de Pendle Roger Nowell enquêta sur une plainte posée par la famille d’un certain John Law après que ce dernier ait avoué avoir été blessé par de la sorcellerie. De nombreuses personnes impliquées dans cette affaire se sont considérées comme étant des sorciers; dans le sens où ils soignaient les habitants avec de la magie et il faut savoir que dans l’Angleterre rurale du 16ème siècle, c’était des pratiques très répandues dans les villages. C’est à partir de cet événement, qu’est née les prémices de l’affaire des sorcières de Pendle Hill.

Maintenant que “le décor est planté”, intéressons-nous de plus près au procès des sorcières de Pendle Hill. Demdike (faisant partie des 12 accusées du procès), alias Elizabeth Southern était considérée depuis 50 ans comme une sorcière de la région et elle a été bien avant que le juge Nowell ne s’intéresse à cette enquête, accusée de nombreux meurtres dans la région. Tout bascule le 21 mars 1612, lorsque sa petite fille Alizon Device rencontra John Law, un colporteur d’Halifax sur un chemin menant vers la forêt de Trawden, et que ce dernier lui demanda quelques aiguilles. Elle prétendit avoir voulu les lui payer, et que Law refusa de déballer ses affaires pour une si petite transaction ; Abraham, le fils de Law, prétendit, lui, qu’elle n’avait pas d’argent et qu’elle mendiait. Le fait est que quelques minutes plus tard, Law eut une attaque, et tint Alizon pour responsable de son état. Peu de temps plus tard, Alizon Device ainsi que sa mère Elizabeth Device et son frère James furent convoqués par Nowell à comparaitre au tribunal le 30 mars 1612. Alizon confessa avoir vendu son âme au Diable, et lui avoir demandé d’attaquer John Law qui l’aurait traitée de voleuse. Son frère, James, déclara que sa sœur lui avait avoué avoir ensorcelé un enfant des environs. Elizabeth était plus réticente, et admit seulement que sa mère, Demdike, avait une marque sur le corps, ce que beaucoup, dont Nowell, avaient considéré comme une marque du Diable laissée après qu’il lui avait sucé le sang. Quand on lui parla d’Anne Whittle (Chattox), la matriarche de l’autre famille impliquée dans la sorcellerie autour de Pendle, Alizon vit une opportunité de vengeance. En effet, les deux familles étaient en conflit depuis 1601 lorsque l’un des membres de la famille Chattox s’était introduit dans la Tour Malkin, la demeure des Device et que ce dernier leur vola des biens d’une valeur de 1 £. Alizon accusa les Chattox d’avoir tué quatre hommes par la sorcellerie, ainsi que son père, John Device, décédé en 1601. Elle déclara que celui-ci avait été si effrayé par la « Vieille Chattox » qu’il avait accepté de lui donner 3,6 kg d’avoine chaque année en échange de sa promesse de ne pas attaquer sa famille. L’avoine fut donné chaque année jusqu’à l’année précédant la mort de John : sur son lit de mort, John affirma que sa maladie était causée par Chattox parce qu’il n’avait pas payé pour sa protection.

Voici ce qu’il resterait de l’ancienne demeure de la famille Device aujourd’hui.

Après avoir entendu les plaidoiries de la famille Device, le juge Roger Nowell convoqua le 2 avril 1612 au procès Demdike, Chattox et sa fille Anne Redferne. Les deux octogénaires étaient aveugles et firent toutes les deux des déclarations défavorables. Demdike déclara avoir vendu son âme au Diable 20 ans auparavant ; Chattox avait vendu la sienne « à une Chose semblable à un homme chrétien », en échange de la promesse qu’« elle ne manquerait de rien et qu’elle pourrait se venger de qui elle voulait ». Bien qu’Anne Redferne ne fit aucune déclaration, Demdike dit qu’elle l’avait vue façonner des figurines en argile. Margaret Crooke, un autre témoin entendu par Nowell ce jour-là, affirma que son frère avait eu un différend avec Redferne. Il tomba malade peu après, et accusa Redferne plusieurs fois avant de mourir. Après avoir récolté les différents aveux et témoignages durant ce procès, Nowell condamna Demdike, Chattox, Anne Redferne et Alizon Device à être emprisonnées à la geôle de Lancaster, en attendant un procès pour agression par sorcellerie aux prochaines assises.

Tout aurait très bien pu s’arrêter là si Elizabeth Device n’avait pas organisé une réunion à la Tour Malkin, le 6 avril 1612, jour d’un vendredi saint renforçant encore plus les suspicions de sorcellerie. Après avoir appris cette réunion secrète, Roger Nowell décida de mener une enquête le 27 avril 1612 accompagné d’un autre magistrat nommé Nicolas Bannister. Suite à cela 8 personnes de plus furent inculpées et accusées de sorcellerie, voici leurs noms :

  • Elizabeth Device,
  • James Device,
  • Alice Nutter,
  • Katherine Hewitt,
  • John Bulcock,
  • Jane Bulcock,
  • Alice Gray,
  • Et Jennet Preston.

Preston habitait de l’autre côté de la frontière avec le Yorkshire, et fut donc envoyée à un procès aux assizes de York ; les autres furent envoyées à la geôle de Lancaster, rejoindre les quatre déjà enfermées. La Tour Malkin aurait été située près du village de Newchurch in Pendle, et aurait été démolie peu après les procès.

Les sorcières de Pendle furent jugées parmi un groupe qui incluait aussi les sorcières de Samlesbury accusées d’infanticide et de cannibalisme, ainsi que Margaret Pearson, surnommée la sorcière de Padiham, dont c’était le troisième procès pour sorcellerie, cette fois-ci pour avoir tué un cheval, et Isobel Robey du Merseyside, accusée d’avoir utilisé la sorcellerie pour causer la maladie. Quelques-uns des accusés de Pendle, comme Alizon Device, étaient persuadés de leur culpabilité. Les autres clamèrent leur innocence jusqu’au bout. Jennet Preston fut la première à être jugée, aux assizes de York le 27 juillet 1612, et fut déclarée coupable et pendue dans la foulée. Neuf autres (Alizon Device, Elizabeth Device, James Device, Anne Whittle, Anne Redferne, Alice Nutter, Katherine Hewitt, John Bulcock et Jane Bulcock) furent jugés coupables et pendus à Gallows Hill27, à Lancaster le 20 août 1612. Elizabeth Southerns mourut pendant l’attente de son procès. Une seule des accusés, Alice Grey, fut innocentée.

Depuis ce procès du 16ème siècle, plusieurs habitants de Pendle Hill restent persuadés que les âmes des défuntes sorcières sont restées prisonnières dans notre monde et qu’elles continueraient d’errer dans le lieu de leur exécution.

Rédigé par John Sinclair et publié sur Hellystar

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