Les procès de sorcellerie intentés aux enfants de Molsheim sont un des cas les plus surprenant de la Grande Chasse des sorcières au cours des XVIe et XVIIe siècle.


Les procès de sorcellerie à Molsheim sont un cas particulier. Ils se concentrent entre les années 1617-1630 avec un pic en 1630. Et surtout, sur les 76 personnes brûlées à Mosheim, 39 (25 garçons et 9 filles) étaient des enfants, ce qui représente un taux effarant de plus de 50%. La moyenne d’âge était de 11 ans.

Il n’y a pas d’explication pour cette vague de procès, à part peut-être un effet boule de neige. Un accusé livrant une liste de complices, qui à leur tour livrent d’autres complices. Les premiers cas ne se différencient pas de ceux habituels. Ludwig et Anna Blitz ont été exécutés à Dahlenheim avec leur mère en 1620. Ludwig avait avoué un meurtre, des méfaits et possiblement des relations incestueuses. Sa sœur, aurait contribué à tuer un de ses frères et son père.

La plupart des enfants étaient élèves du collèges des jésuites et en pleine Contre Réforme, les enfants sont des victimes collatérales des procès de sorcellerie.

Ces collégiens, avec les premières découvertes de l’amour et de la sexualité, assimilaient certainement leurs jeux avec l’action maléfique du diable. Dans ce contexte, il suffisait qu’un seul soit condamné pour livrer, sous la torture, ses compagnons de jeux.

Barbe Liechtenauer, huit ans, commence ses aveux en mentionnant que ses camarades l’ont emmené sur la colline du Molsheimerberg, considérée comme lieu de rassemblement des sorcières. Elle ajoute qu’elle aurait participé à un sabbat avec des nains et qu’elle savait « créer » des souris. Ces aveux ressemblent beaucoup aux autres aveux d’enfants accusés à Molsheim.

Il y a plusieurs particularités pour ces procès. D’abord, on engage les sages-femmes pour examiner les inculpés, autant les garçons que les filles. Ils recherchent des preuves de l’acte de chair, signe de dépravation. Ainsi, le 17 août 1629, Agatha Rinck et Apollonia Stein sont chargés d’examiner Michel Hammer et Grethel von Boersch. Agatha déclare que le garçon est foncièrement dépravé. Apollonia déclare de même pour Grethel. Le 21 août, Agatha examine Catherine Anderwert, âgée de neuf ans, qui se débat lors de l’examen. Le constat est bénéfique, pourtant le 29 novembre 1629, la Régence donne l’ordre fatal, Catherine sera exécutée.

On peut imaginer l’horreur de ces examens pour ces enfants et les constats sont bien souvent interprétés par les enquêteurs d’une façon négative. Même ceux dont la virginité est prouvée n’échappe pas au supplice.

Un autre acteur de cette sombre période est tout aussi surprenant, il s’agissait du maître d’école. Il prend la place du bourreau au cours de l’interrogatoire. Les enfants reviennent souvent sur leurs aveux, ils n’ont avoués que par crainte des coups. Presque tous les jours du mois d’août, le maître d’école est intervenu dans les interrogatoires. Le 17 août, alors qu’il avait déjà avoué, Michel Hammerer subit les coup de son maître d’école. À l’âge de neuf ans, il est aussi exécuté.

Les parents ont été également mis à contribution afin que les enfants avouent plus facilement et soient menés plus rapidement vers le bûcher. Le petit Hans Günther, à peine sept ans, est accusé. Il avoue rapidement mais deux jours plus tard, les parents peuvent le voir mais seulement pour l’inciter à avouer tout ce qu’il sait. Hans nie tout en bloc et précise qu’il a avoué lui aussi par crainte des coups. Les parents étaient convaincus de la réalité de la sorcellerie. Ils dénoncent parfois leurs propres enfants. Par exemple, le chapelier Martzloff Koenig dit à propos de son fils Jean, huit ans, déjà incarcéré et sans espoir d’amélioration selon son père. Inquiet car père de quatre autres enfants, il craint que son fils revienne et contamine ses enfants. Il se fit donc à « à Dieu et aux autorités » pour s’occuper de son fils.

Les enfants ne sont pas condamnés pour des méfaits envers les hommes ou les animaux comme les adultes le sont. Ils ne provoquaient pas les intempéries. De tels méfaits étaient inconcevables pour les adultes et enquêteurs. On pense souvent que les sorcières étaient condamnées pour leurs méfaits mais le fait même de la sorcellerie pouvait les condamner aussi, comme en témoigne les procès d’enfants. Une autre particularité est qu’on ne cherchait pas la marque du diable pour les enfants. Certains pourtant évoquaient avoir passer un pacte écrit avec le diable. La connaissance des aveux des sorcières adultes inspiraient sûrement les aveux des petits.

La Guerre de Trente Ans arrivant, la chasse s’arrête à Molsheim. Le cas de ce petit village, ravagé par la chasse aux sorcières est pour l’instant unique, par rapport aux connaissances actuelles.

Crédits de l’article :

  • ROEHRIG Jacques, A mort, la sorcière ! Sorcellerie et répression en Lorraine. XVIe-XVIIe siècles, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2007.
  • SCHALEFLI Louis, , « Particularités relatives aux procès de sorcellerie intentés aux enfants à Molsheim au XVIIe siècle », Revue d’Alsace, 134 | 2008.
  • REUSS Rodolphe, L’Alsace au XVIIe siècle, Paris, 1897/98.
  • « La sorcellerie à Molsheim (1589-1697) », Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Molsheim et Environs, 1993.

Crédit des images :

  • image bannière : publiée par Rag Dime (https://www.pinterest.fr/pin/52424783143137551/ )
  • 1ère image dans le texte : publiée par Lybil BER (https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_sorcellerie_%C3%A0_Molsheim)


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