Mon histoire est celle d’une femme banale qui sombra dans l’oubli. J’avais une vie qui ne sortait pas de l’ordinaire. Un travail, un mari, une maison, un enfant… enfin je croyais avoir tout ça… Aujourd’hui je ne sais même plus où je suis, ce que je fais ni même qui je suis. On m’a donné un nom, qui me paraît familier. Tout me paraît familier. Je reconnais des gens que je ne connais pas, des lieux où je ne suis jamais allée. Tout ce passe comme si j’avais mené des dizaines de vies en même temps, tout en n’en gardant que de vagues impressions.

Mes seuls souvenirs d’avoir réellement existé sont les plus récents, ceux que je vais vous raconter.

Je vais commencer par vous poser une question : avez-vous déjà fait un rêve qui, à votre réveil, vous laisse un sentiment étrange ? Vous vous réveillez, vous êtes conscients, mais quelque chose ne vas pas, vous angoissez, et vous ne vous souvenez de rien d’autre que de ce rêve ?

Ça m’est arrivé. Je rêvais souvent, souvent des mêmes choses, parfois de belles choses. Mais jamais de choses que je n’avais pas vécues, ou du moins que je ne croyais pas avoir vécu…

Une fois, j’ai rêvé être au cœur d’une affaire de kidnapping, en train d’interroger un suspect qui me racontait des propos cannibales horribles. Dans ma supposée vie, j’étais comptable, je n’ai jamais rien eu à voir avec la police. Pourtant, mon rêve était extrêmement bien détaillé, comme si c’était l’un de mes propres souvenirs. Mais ce n’était pas le cas.

Il n’a pas duré longtemps. Un jour, je me suis réveillé dans ma voiture, mon mari conduisait avec mon fils à l’arrière. Le petit se mit à pleurer. Encore déroutée de ce rêve étrange et à peine réveillée, j’avais cette impression dont je vous parlais. La sensation que quelque chose de terrible était sur le point de se produire.

Ce fut le cas. Même si aujourd’hui j’ignore si ce souvenir est réellement le mien, me le rappeler est toujours extrêmement douloureux. Cette nuit, j’ai perdu mon mari et mon fils dans un accident. Et je me suis perdue moi-même dans la folie. J’ai été suivie psychologiquement, j’étais prise d’envies de suicides, des hallucinations, de visions, j’arrêtais fréquemment de prendre mes antidépresseurs.

Un jour, j’ai réalisé que des caméras étaient installées partout chez moi. Mais elles étaient là depuis le début. Quelque chose n’allait pas. Mon propre esprit me cachait des choses. Des choses que je ne devais pas voir. Comment était-ce possible ? Je n’ai toujours pas la réponse à cette question.

Mon premier réflexe fut d’essayer de m’enfuir de cette réalité. Mais à chaque fois les événements se répétaient. Le même cimetière avec le même fossoyeur. La même garderie avec la même puéricultrice… J’acquis alors la certitude qu’on me mentait, que quelqu’un me manipulait dans je ne sais quel but. J’ai couru. Je courais sans me fatiguer. Je courais dans une boucle sans fin puis j’ai fini par me retrouver là où tout avait commencé. La même situation. Moi, mon mari, mon fils dans la voiture, la nuit. Puis un rire satanique, une explosion, des visions d’horreurs. J’ai vu leur sang pleuvoir. Leurs objets préférés se briser jusqu’à poussière. Leurs âmes m’accabler de reproches… Ce fut insupportable.

Mais tout cela était fictif. Essayer de mourir était vain. J’ai dû assister à ces scènes encore et encore jusqu’à ce que mon propre esprit, conscient et inconscient soit épuisé de me soumettre à de telles épreuves.

Mais j’avais bouclé la boucle.

À mon réveil, dans un lit d’hôpital, j’ai tout de suite eu l’impression de me retrouver dans un monde plus réel. Cependant, je me suis retrouvée tatouée avec un numéro sur le poignet « XXI ». Qu’est-ce que ça voulait dire ? Dans quel hôpital je me trouvais au juste . Je n’avais pas l’impression de sortir d’un cauchemar. J’étais persuadée que ce que je venais de vivre était bien réel. L’accident, la folie, …

J’étais bien décidée à retourner visiter les lieux dans lesquels je m’étais retrouvée. Alors dès que j’ai pu, je me suis enfuie. J’ai réussi à me repérer assez facilement. Alors je suis retournée chez moi, jusque-là rien d’anormal. Là où ça devient plus étrange, c’est que je suis retournée dans d’autres lieux familiers. Personne ne m’a reconnue.

À la garderie de mon fils, à la boulangerie d’à côté ni même au cimetière où a été enterré mon mari. Soit on a voulu me faire disparaître, soit tout ça n’était qu’un délire. Mais en si peu de temps ? On ne m’a pas retrouvé dans le coma, ce qui veut dire que j’étais allée dans ces lieux il y a au plus d’un mois avant de me retrouver à l’hôpital. Ou alors, tout ce que je venais de vivre était faux . Pourtant je n’étais jamais allée au cimetière avant l’accident et je savais où il était, à quoi il ressemblait et qui y travaillait… Quelque chose n’allait pas, et le mystère allait s’épaissir.

Ils m’ont retrouvé et m’ont ramenée à l’hôpital.

Ils étaient trois. Trois médecins qui discutaient à mon sujet pendant que je reprenais conscience suite à la dose de sédatif qu’ils m’avaient injecté. La seule chose que j’ai retenue de leur conversation était ceci :

« -Ça n’aurait pas dû se passer comme ça. Elle n’était pas censée avoir ces souvenirs là, et encore moins les revivre en boucle.

-Ses anciens souvenirs essaient peut-être de refaire surface ?

-C’est absurde ! La méthode évailla est irréversible ! »

Je crois que je venais de comprendre quelque chose. J’étais bel et bien le sujet d’une expérience qui concernait mes souvenirs.

Dans un élan de fureur j‘ai essayé de me lever en hurlant « Qu’avez-vous fait à mes souvenirs ? ». Les médecins se turent d’un coup. Mais cette fois, j’étais attachée, je ne pouvais rien faire. Les médecins partirent sans dire un mot. Avant de disparaître, j’entendis l’un des médecins dire « Elle s’est déjà réveillée avec la dose qu’on lui a mise ? C’est vraiment une sacrée dégénérée celle-là » suivi de rires.

Je mis un temps de silence pour essayer de clarifier ma situation, ce que je venais d’entendre là et en me réveillant. Si j’étais réellement folle, pourquoi étais-je là à me poser toutes ces questions et surtout… Qu’est-ce qui allait m’arriver à présent… ?

Après quelques minutes de réflexion, je me suis mise à éclater d’un rire profond pendant plusieurs minutes. J’allais mourir. On allait m’euthanasier. J’étais probablement une psychopathe qu’on avait essayé de soigner en vain avec des traitements douteux. Mais je suis un échec, et je vais mourir.

J’ai rit parce qu’au fond de moi, c’est ce que j’espérais vraiment. Peu importe qui j’étais, ce que j’avais fait. J’avais trop souffert et mon désir de mourir était encore très présent.

Mon intuition avait vu juste. On m’a installée dans une salle avec un équipement rudimentaire non-stérile, on aurait presque dit une cellule de prison. Puis une sorte d’infirmière est venue, une seringue à la main. Sur le moment, elle m’a paru étrange. Elle avait l’air paniquée. C’était sans doute sa première euthanasie. J’avais vécu trop de mauvaises choses, j’étais résolue à mourir.

Alors pendant qu’elle préparait son injection, j’ai levé les yeux vers le ciel et ait formulé mon dernier souhait. Que je puisse retrouver, les retrouver, mon mari et mon fils, et les aimer comme je les avais aimé. L’infirmière m’entendit, hésita, prit une grande inspiration et me piqua. Puis elle me détacha, et je perdis conscience.

Mais je me suis réveillée, sans doute quelques secondes après cela. J’étais seule, libre de mes mouvements. Je ne comprenais pas. J’ignore pour quelle raison j’ai essayé de m’échapper. L’instinct de survie sans doute. Si je me trouvais dans l’hôpital, j’étais probablement au sous-sol.

Pendant que je cherchais une sortie, je vis une porte entrouverte, avec un dossier sur le bureau, avec écrit en grand « numéro XXI ». À côté, un ordinateur allumé, des informations. Curieuse d’en savoir plus sur moi-même, je suis entrée, et j’ai lu. J’ai vu.

J’ai vu une scène d’interrogatoire. La même que dans mon rêve. Mais je n’étais pas l’inspectrice, j’étais la suspecte. Et ces mots sortirent de ma bouche à l’écran : « L’enfant ? Je l’ai mangé… et bientôt vous aussi… ! »

Non, non, non… c’était absurde ! En fouillant un peu plus, j’ai eu d’autres informations qui confirmaient ce que je venais de voir dans la vidéo. C’est moi qui avais tué mon fils et mon mari…

Je n’en ai aucun souvenir… mais alors l’accident ? On a manipulé ma mémoire pour me faire oublier que je suis une meurtrière . je refuse d’y croire, c’est du grand n’importe quoi ! Jamais un gouvernement autoriserait ça enfin… Soudain, les photos de la scène de crime arrivèrent devant mes yeux. La caméra de la maison avait tout filmé. Tout resurgi !

Mes souvenirs de ce jour-là, et mon désir ardent de tuer… mon mari et mon fils n’étaient que les premiers !

Une voix m’interrompit. C’était l’infirmière ! Elle avait une arme pointée sur moi et… un tatouage «XLII». Elle a dit « Tu veux dire, MON mari et MON fils, espèce de monstre ! J’ai bien fait de ne pas te tuer dans les règles, je veux me venger, et pour ça je veux te tirer une balle dans la tête à bout portant ».

Je possède donc ses souvenirs, c’est quoi cette thérapie . Des flashs me reviennent en mémoire : les réunions avec les autres malades, les électrodes sur mes tempes, ma vie, le meurtre de mon, son mari, les voix dans ma tête, je n’ai fait qu’obéir, ce n’est pas moi, je ne suis pas folle, ou je ne sais plus. J’ai fait le pire mais elle retourne l’arme contre elle.

« -Pourquoi tu fais ça ? »

« -Je suis désolé. »

*coup de feu*

 

Création originale de Tellia Corre (PARADOX), envoyée exclusivement à Hellystar. Copie mérite mention.
Crédit-Image à la une : darksouls1


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