Si je suis venu vous parler c’est parce que j’ai un… Problème ? Mystère ? Je sais pas trop comment dire. Tout a commencé avec des cassettes. Voyez-vous, je suis étudiant en langues. Et comme tout étudiant, j’ai besoin d’un peu d’argent.

Quoi de mieux que de travailler chez soi ? J’ai décidé d’aller sur Craiglist, un site qui permet de payer pour un service ou d’être payé pour un… Service. Enfin vous avez compris.
Je propose d’encoder, de monter, et de traduire parfois, des vieilles VHS. Ça me prend dans les cinq heures la cassette. Ce sont souvent des trucs de famille ou des films que papa-maman avaient faits jeunes. Un truc facile et qui rapporte un peu beaucoup.

Je sais, vous imaginez que j’ai reçu des trucs gores, pornos, des snuff movies, et d’autres trucs dans le genre ? Non, malheureusement c’était pire, bien pire.

Je prends pas de grosses commandes, les délais sont intenables pour plus de dix cassettes, du coup j’en accepte sept maximum avec un renvoi en un mois, parfois plus si je suis pris par autre chose dans ma vie. Je suis pas non plus tout le temps devant mon pc.

Mais j’avais besoin d’argent, je vais pas vous expliquer pourquoi, on a tous des aléas dans la vie où on a plus de beurre dans les épinards ni rien. Donc quand ce mec m’a proposé le double de ce que je demande pour douze cassettes et ce sur trois mois maximum, j’ai dit oui.

C’était un tas de cassettes vieillottes, avec des étiquettes numérotées de 1 à 12 et de la poussière dessus. On m’a demandé de les encoder et de les traduire. C’étaient des cassettes américaines.

Après avoir trié les cassettes qui marchaient ou pas (cinq étant lisibles : la 1, la 4, la 7, la 10, et la 11 ; la bande étant trop abîmée pour les autres), j’ai pris celle avec le “1” scotché dessus. C’était un JT américain sur la chaîne CNN, sur un tremblement de terre en “Glagolitic Union of Russia” ou GUR. J’ai pas tout de suite tilté, et j’ai continué à mater, tout en encodant en même temps pour pouvoir mettre des sous-titres plus tard.

Certains scientifiques pensaient que ce tremblement de terre était dû à la comète de Halley. Là j’ai pas pigé tout de suite. J’ai fait des recherches sur la comète de Halley tout en laissant le JT en fond. Elle n’avait jamais eu d’incidence sur la Terre en l’état, elle semblait être la source de peur et d’agitation dans certaines cultures, mais pas de tremblement de terre.
Alors que je cherchais, le GUR revenait dans mon esprit. Après de rapides recherches (et un tour sur un site de creepy assez miteux par hasard total), j’ai découvert que :
1) La GUR n’a jamais existé ;
2) Le glagolitique est un alphabet désuet ;
3) Il n’y a jamais vraiment eu de tremblement de terre en 1986 (date du dernier passage de la comète, ainsi que du JT).

J’étais un peu sur le cul. Le JT était fini et j’ai commencé à encoder la cassette numéro 4, datant de trois mois après la première. Le 23 mai pour être précis. La présentatrice semblait en stress et n’avait visiblement pas dormi depuis longtemps. Il n’y avait qu’un titre : “La Guerre de Taured”. Ce pays aussi n’existe pas, même sans recherches je le savais. Pourtant, la présentatrice parlait d’une guerre, une vraie.

Les images étaient verdâtres et j’ai compris après un certain temps que c’était une vidéo de nuit. Des hommes sur des chars, des Américains si j’en croyais le drapeau sur le veston de l’un d’eux, tiraient sur des positions éloignées. Semblant comprendre l’inefficacité de leurs actions, un des soldats a tenté de fuir mais un autre l’a pointé avec un pistolet et la caméra s’est arrêtée, sans doute un moment qu’il ne fallait pas voir. La présentatrice était en train de se tirer les cheveux, j’avais peur pour elle, sans vraiment de raison si ce n’est le stress. La cassette se finissait comme ça, la présentatrice en train de murmurer les au revoir standards et génériques.

La cassette numéro 7 était différente : elle montrait tout simplement un écran d’ordinateur avec des statistiques. Les pertes humaines et d’autres chiffres avec des acronymes inconnus. Elle ne durait que 20 secondes.

La cassette numéro 10 était une autre vidéo, comme celle avec les hommes sur le char. Il y avait moins d’hommes, trois peut-être, quatre en comptant le cameraman/journaliste. Tous les soldats avaient des cernes, des traces de sang et de cendre sur le visage et les vêtements. Ils ne regardaient jamais le cameraman et les questions du journaliste restaient en suspens, sauf une :

“How to kill them ?” (Comment les tuer ?)

Le plus proche de la caméra l’a alors regardée :

“We don’t fucking know” (On en sait foutrement rien)

La caméra passait de l’un à l’autre, puis s’est coupée sur un soldat propre sur lui, un général peut-être. Il a longtemps parlé de l’honneur de sauver non pas que Taured et les pays voisins, mais aussi le monde. Alors qu’il parlait, un messager lui a tendu une fiche, il l’a rapidement parcourue, a secoué tristement la tête et a déclaré :

“Forget it, we go home” (Oubliez ça, on rentre à la maison)

La cassette se finissait comme ça.

Alors que je tenais la cassette numéro 11, j’ai senti comme un malaise. Ça DEVAIT être un film, un projet d’art, ou un truc comme ça. Mais il y avait trop d’acteurs, de moyens, ça aurait fait du bruit à sa sortie. Et tout le discours du général était trop… Réel ?

J’ai mis la cassette dans le lecteur. J’étais pas prêt.
C’était un JT, comme les premières cassettes, mais avec un nouveau présentateur. C’était un ado, mal à l’aise, anxieux, il se mordait la lèvre et murmurait plus qu’il ne parlait. Les soldats des USA étaient rentrés et le Vieux Continent ainsi que l’Asie restaient sans aucun contact. Le Gouvernement promettait de rétablir le calme et ne pas laisser le problème des “bugs” (je ne sais pas s’il faut le traduire comme insecte ou virus) en dehors des frontières. Il recevait des messages de contact au Pentagone ou ailleurs. Les derniers instants de la cassette le montraient lire un papier, pleurer, regarder la caméra, et dire :

“They’re here” (Ils sont là)

Cut final. Écran statique qui venait de la cassette et non pas de mon appareil.

Je ne savais pas quoi penser de tout ça. Il me manquait des clés, et la dernière cassette, la 12, ne m’était d’aucun secours, elle était illisible. Je ne me sentais pas à l’aise du tout.

Après avoir fini, très difficilement, de traduire les cassettes (la numéro 11 étant assez ardue) j’ai envoyé le résultat final avec un mot d’excuse pour les cassettes et demandant des réponses. C’était un projet d’art, non ?
L’expéditeur ne m’a jamais répondu mais m’a quand même payé le double alors que j’avais fait à peine la moitié du travail.

Je me retrouve alors avec un mystère. Un gros mystère. Je peux me dire que tout ça est un projet d’art, que le mec trouve ça drôle que j’y crois et décide de pas répondre. Ou alors je peux me dire que c’est bien plus pervers que ça, et que ce tas de cassettes vient vraiment d’un autre endroit, où la comète de Halley a fait des choses horribles, où Taured est un vrai pays, et où… “Ils” sont là.

 

Voir : Le mystérieux homme de Taured

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