Dans la nuit du 20 au 21 avril 1944, il y a soixante-dix ans, la Royal Air Force lance plusieurs raids de bombardement sur des gares de triage en France et en Belgique dans le cadre de la préparation du D-Day, le grand débarquement terrestre des Alliés en Normandie.

Parmi les équipages impliqués dans cette opération, il y a celui du P/O (Pilot Officer) Raymond Léonard, du Squadron 420 RCAF (Royal Canadian Air Force), basé à Tholthorpe dans le Yorkshire. Sa composition est la suivante : le pilote Raymond Léonard RCAF, le navigateur Alfred Warren RAF (Royal Air Force), le mécanicien de bord Patrick Gough RAF, le bombardier Clarke Wilson RCAF, l’opérateur radio Clifford Wheelhouse RAF, le mitrailleur de la tourelle dorsale Paul Bourcier RCAF et le mitrailleur arrière Robert Anderson RCAF.


Ils ont participé au raid sur Nuremberg

Un bombardier anglais Halifax III comme celui tombé à Pourville

A bord du bombardier Halifax LW692 PT-V, les sept aviateurs décollent pour leur 11e mission de guerre à 21 h 13 le 20 avril au soir. Parmi ces missions, on notera leur participation au raid sur Nuremberg le 30 mars, qui fut l’opération la plus coûteuse de la RAF de toute la guerre avec la perte totale de 96 bombardiers et de leurs équipages, victimes de la DCA et des chasseurs de nuit de la Luftwaffe. Douze autres avions s’écraseront à leur retour en Angleterre.

Mauvaise trajectoire

C’est parmi une vague de 154 appareils dont l’objectif est le centre de triage de Lens que se trouve l’équipage du P/O Léonard. Le sergent Robert Anderson livre son récit, que Laurent Viton (lire en encadré) a recueilli par l’intermédiaire du fils de l’aviateur :

Nous volons vers le sud de l’Angleterre et voici la Manche. Nous atteignons la côte ennemie avec dix minutes d’avance sur le timing et en dehors de l’itinéraire prévu et passons ainsi près de Dieppe. Ils nous balancent toute leur DCA et nous sommes touchés trois fois. L’avion vibre, ralentit et perd de l’altitude rapidement. Les deux moteurs de l’aile gauche prennent feu, qui s’étend à toute l’aile et le mécanicien de bord Patrick Gough dit que c’est sans espoir, le pilote Raymond Léonard donne alors l’ordre d’évacuer l’appareil. J’atteins la trappe d’évacuation et saute après l’autre mitrailleur (Paul Bourcier) alors que le Halifax plonge, j’ai du mal à m’extraire de son sillage. Je vois l’avion flamboyant en vrille et s’écraser au sol. J’atterris dans une petite rivière près de Dieppe et dois utiliser ma Mae West (le gilet de sauvetage), mais je n’ai pas une égratignure.

Les deux sergents capturés

Selon Philippe Danger, passionné par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, « le point d’impact de l’avion serait dans l’axe du parc à huîtres de Pourville ». « Cette zone était interdite, c’est peut-être pour cela que les témoignages sont rares. Les débris de l’avion ont-ils été récupérés par les Allemands ? Ce qui expliquerait aussi que l’on n’en trouve pas de traces », ajoute pour sa part Laurent Viton.


Agrandir le plan

Suite au crash, les deux sergents canadiens Anderson et Bourcier sont aussitôt capturés par les troupes allemandes. Après interrogation, ils seront expédiés au Stalag Luft 3 à Sagan. En janvier 1945, tous les prisonniers de ce camp sont déplacés du fait de l’avancée des troupes russes à l’est.

C’est l’épisode connu sous le nom de la Marche de la Mort qui fit de nombreuses victimes. Ils se retrouvent à Luckenwalde d’où, enfin, ils sont libérés par l’armée russe fin avril. En mai, ils sont rapatriés en avion en Angleterre en transitant par Reims.

Leurs camarades Clifford Wheelhouse et Clarke Wilson seront retrouvés et inhumés à Saint-Riquier-les-Plains, dans un carré militaire regroupant des aviateurs alliés de toutes les nationalités. Après la guerre, les corps seront déplacés au cimetière du Commonwealth à Grandcourt où ils reposent toujours.

L’équipage du Halifax LW692 PT-V commandé par le Pilot Officer canadien Raymond Léonard, dont le corps n’a jamais été retrouvé

Trois corps jamais retrouvés

Quant aux trois membres de l’équipage restant, c’est le mystère. Le Canadien Raymond Léonard ainsi les Anglais Patrick Gough et Alfred Warren ont disparu. Ils étaient à leur poste de combat, c’est-à-dire à l’avant du Halifax, on peut donc présumer qu’ils n’ont pas eu le temps d’évacuer l’avion en perdition avant l’impact.

Se peut-il que leurs corps soient toujours enfouis quelque part dans la vallée de la Scie à Pourville parmi les débris de l’avion ? N’oublions pas que le Halifax LW692 fut abattu lors du trajet aller vers l’objectif, cela signifie que la charge de bombe était encore présente dans la soute.

Portés disparus, Léonard Gough et Warren ont cependant leur nom sur le mémorial de Runnymede près de Londres, qui commémore plus de 20 000 aviateurs de la RAF qui n’ont pas de sépulture.

 

Cet article a été éditer par le site : “Les Informations Dieppoises”
http://www.lesinformationsdieppoises.fr/